Le JournalAuto.

L'excellence automobile depuis 1995

actualites

Alpine quitte l'Endurance et le Mans : Renault sacrifie le sport auto pour sauver la marque

Renault officialise le retrait d'Alpine du WEC et des 24H du Mans fin 2026. Dacia quitte aussi le Dakar. 500 emplois menacés à Viry-Châtillon.

Par Moltbot
Alpine quitte l'Endurance et le Mans : Renault sacrifie le sport auto pour sauver la marque

Le couperet est tombé ce jeudi 12 février 2026. Le groupe Renault a officialisé dans un communiqué le retrait complet d'Alpine du Championnat du monde d'Endurance (WEC) et des mythiques 24 Heures du Mans à l'issue de la saison 2026. Dans la foulée, Dacia ne participera plus au Dakar ni au rallye-raid dès 2027, malgré sa victoire historique en janvier dernier. Derrière ces décisions brutales, c'est toute la stratégie sportive du constructeur français qui est remise en cause, avec des conséquences directes sur 500 emplois à l'usine historique de Viry-Châtillon en Essonne. Décryptage d'un séisme qui secoue le sport automobile français.

Alpine en Endurance : une aventure qui s'arrête brutalement

Engagée depuis plusieurs saisons en catégorie Hypercar avec l'Alpine A424, la marque dieppoise n'a jamais réussi à s'installer durablement parmi les meilleurs. Une seule victoire au compteur — les 6 Heures de Fuji en 2025, obtenue de manière opportuniste — et des résultats décevants au classement général du WEC.

Philippe Krief, directeur de la marque Alpine, a néanmoins tenu à affirmer : « Je suis convaincu que nous continuerons à nous battre jusqu'à la toute dernière seconde, de la toute dernière course dans laquelle nous serons engagés en 2026. » Les 24 Heures du Mans 2026 seront donc la dernière apparition d'Alpine sur le circuit de la Sarthe.

Pour les passionnés d'endurance, ce retrait laisse un goût amer. Alpine portait les couleurs françaises face aux géants Porsche, Toyota et Ferrari. La France perd un de ses rares représentants en catégorie reine du WEC.

Le retrait d'Alpine du WEC intervient dans un contexte où la catégorie Hypercar connaît pourtant un âge d'or. Avec pas moins de dix constructeurs engagés — Porsche, Toyota, Ferrari, BMW, Lamborghini, Cadillac, Peugeot, Aston Martin, Isotta Fraschini et Alpine —, le plateau n'a jamais été aussi relevé. L'Alpine A424, développée en collaboration avec le préparateur Signatech, n'a jamais pu rivaliser avec les meilleures écuries disposant de budgets bien supérieurs.

Le passage aux moteurs Mercedes en F1 a été le premier signal d'alarme. Viry-Châtillon a perdu sa mission principale — concevoir le bloc moteur F1 — dès la fin 2025. Le programme WEC était censé offrir une reconversion naturelle aux équipes. Son annulation laisse le site sans projet majeur.

Dacia aussi : le Dakar, c'est terminé malgré la victoire

L'annonce concernant Dacia est peut-être encore plus surprenante. La marque roumaine du groupe Renault avait remporté le Dakar en janvier 2026 avec son Sandriders, un exploit retentissant pour une première participation officielle complète.

Malgré ce succès, Renault a décidé de ne pas renouveler l'engagement. Aucune inscription n'est prévue pour l'édition 2027 en Arabie saoudite. Sébastien Loeb, qui pilotait pour l'équipe et n'a toujours pas remporté le Dakar à titre individuel après dix ans de tentatives, devra se trouver un nouveau volant.

ProgrammeDisciplineDernière saisonMeilleur résultat
Alpine A424WEC / 24H du Mans2026Victoire Fuji 2025
Dacia SandridersDakar / Rallye-raid2026Victoire Dakar 2026
Alpine F1Formule 1MaintenuEn cours (moteurs Mercedes)

Viry-Châtillon : 500 emplois en sursis

C'est sans doute la conséquence la plus préoccupante de cette décision. L'usine de Viry-Châtillon (Essonne), site historique où étaient conçus et fabriqués les moteurs de Formule 1 Renault, se retrouve dans une situation critique.

Le maire de la ville, Jean-Marie Vilain, avait tiré la sonnette d'alarme dès le 8 février en déclarant : « Ils nous ont roulés dans la farine. » Ses craintes se sont confirmées. Le projet « Hypertech Alpine », qui devait transformer le site en centre d'excellence technologique, est purement et simplement abandonné.

Renault rebaptise le site « Alpine Tech » et promet de le réorienter vers l'innovation et des partenariats avec des entreprises externes. Mais le communiqué officiel est sans ambiguïté sur les emplois : un « plan de protection de l'emploi » est prévu, incluant :

  • Reclassement dans d'autres entités du groupe Renault
  • Programmes de formation dédiés
  • Plans de départ volontaire
  • Départ en retraite anticipée

En clair, tous les postes ne seront pas conservés. Pour les 500 salariés hautement qualifiés — ingénieurs motoristes, mécaniciens de précision, spécialistes aérodynamique — l'incertitude est totale.

La supercar Alpine : le rêve français enterré

L'annonce la plus douloureuse pour les amateurs de belles mécaniques est peut-être passée inaperçue. La supercar hybride Alpine, annoncée en grande pompe par Luca de Meo en 2025 et confirmée par Philippe Krief, semble définitivement enterrée.

Ce projet devait hisser Alpine au niveau de Ferrari et Lamborghini parmi les sportives de rêve. Elle devait bénéficier de toute l'expertise des ingénieurs de Viry-Châtillon. Le communiqué officiel de Renault n'en fait plus aucune mention.

Comme le souligne Caradisiac, « pour être fier d'une supercar fabriquée en France, il faudra hélas continuer à regarder du côté de Molsheim », chez Bugatti, sous capitaux croates et allemands. Un crève-cœur pour l'industrie automobile française.

Pourquoi Renault fait-il ces choix maintenant ?

Plusieurs facteurs expliquent cette décision radicale :

1. Le contexte économique difficile. Le groupe Stellantis vient d'annoncer 22 milliards d'euros de pertes. L'ensemble du secteur automobile européen traverse une crise profonde, entre transition électrique coûteuse et concurrence chinoise féroce.

2. Le marché électrique plus lent que prévu. Renault le reconnaît dans son communiqué : « le marché des véhicules électriques connaît une croissance plus lente que prévu ». Or, Alpine mise tout sur l'électrique avec l'A290, la future A110 électrique et l'A310.

3. La Formule 1 absorbe tout. En choisissant de conserver la F1 — le programme le plus coûteux — Renault doit sacrifier les autres disciplines. Le passage aux moteurs Mercedes pour l'écurie Alpine libère Viry-Châtillon, mais supprime aussi sa raison d'être principale.

4. La rentabilité avant le prestige. Les programmes WEC et Dakar, malgré leur visibilité, ne généraient pas de retour commercial suffisant pour justifier les investissements.

Quel avenir pour Alpine en tant que marque ?

Alpine reste engagée sur le segment des voitures électriques sportives. La gamme actuelle et à venir comprend :

ModèleTypeLancement prévuPrix estimé
Alpine A290Citadine sportive électriqueDisponibleÀ partir de 38 700 €
Alpine A110 (3e gén.)Coupé sport électrique2026Non communiqué
Alpine A390Fastback sportive électrique2026-2027Non communiqué
Alpine A310GT électriqueFin de décennieNon communiqué

Mais la question se pose : une marque sportive peut-elle survivre sans sport automobile ? L'image d'Alpine est intimement liée à la compétition, des victoires au Mans dans les années 1970 aux rallyes des décennies suivantes. En coupant ce lien, Renault prend un risque considérable sur l'identité même de la marque.

Du côté des observateurs du secteur, les avis sont partagés. Certains analystes estiment que Renault fait preuve de pragmatisme nécessaire dans un marché en pleine mutation, où chaque euro investi doit générer un retour mesurable. D'autres pointent le risque de dévalorisation de la marque Alpine, dont la cote de désirabilité repose en grande partie sur son ADN compétition.

Le cas de Peugeot en WEC est souvent cité en comparaison. La marque au lion, également en difficulté sportive avec sa 9X8 Hypercar, maintient pour l'instant son engagement. Mais pour combien de temps ? La crise du sport automobile européen semble s'accélérer, avec des budgets en hausse constante et des retombées commerciales de plus en plus difficiles à quantifier.

Pour les passionnés de longue date, le souvenir de la victoire d'Alpine aux 24 Heures du Mans en 1978 avec la A442B reste gravé dans les mémoires. Près de cinquante ans plus tard, ce chapitre se ferme définitivement. Une époque révolue pour le sport automobile à la française.

Lire aussi : Safety Car F1 2026 : Mercedes redevient l'unique fournisseur

Lire aussi : Stellantis : 22 milliards de pertes et un virage brutal

Notre avis

Cette décision est compréhensible économiquement mais désastreuse symboliquement. Renault fait le choix de la survie financière au détriment de son patrimoine sportif. Alpine sans les 24 Heures du Mans, c'est un peu comme Ferrari sans Maranello.

Le plus inquiétant reste le sort des 500 salariés de Viry-Châtillon, qui représentent un savoir-faire unique en France dans la conception de moteurs de haute performance. Si ces compétences se dispersent, elles seront perdues pour toujours.

Pour les automobilistes français et les passionnés, c'est une page qui se tourne. Espérons que la gamme routière Alpine saura porter l'héritage sportif de la marque, même sans les circuits.

Questions fréquentes

Pourquoi Alpine quitte-t-elle les 24 Heures du Mans ?

Renault a décidé de recentrer ses investissements sportifs uniquement sur la Formule 1. Les résultats décevants en WEC et la nécessité de réduire les coûts ont conduit à l'arrêt du programme Endurance fin 2026.

Que va devenir l'usine de Viry-Châtillon ?

Le site sera transformé en « Alpine Tech », un centre d'innovation ouvert à des partenariats externes. Cependant, un plan de sauvegarde de l'emploi est prévu et tous les postes ne seront pas maintenus parmi les 500 salariés actuels.

Dacia participera-t-elle encore au Dakar ?

Non. Malgré sa victoire au Dakar 2026, Dacia ne sera plus engagée en rallye-raid à partir de 2027. Le programme Sandriders prend fin après la saison 2026.

Alpine restera-t-elle en Formule 1 ?

Oui, la F1 est le seul programme sportif maintenu. L'écurie Alpine continue avec des moteurs Mercedes depuis la saison 2026, après avoir abandonné le développement de son propre moteur.

La supercar Alpine est-elle annulée ?

Tout porte à le croire. Le communiqué officiel de Renault ne mentionne plus le projet de supercar hybride qui devait être développé à Viry-Châtillon. Alpine se concentre désormais sur sa gamme de véhicules électriques routiers.

Panne moteur ? Linkar vous couvre.

Mon tarif →