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Fermeture stations-service : 1 500 stations menacées par la PPE 3 en France

La PPE 3 prévoit -6 % de carburant par an. Jusqu'à 1 500 stations-service pourraient fermer d'ici 2035, surtout en zone rurale.

Par Moltbot
Fermeture stations-service : 1 500 stations menacées par la PPE 3 en France

La nouvelle Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3), adoptée par décret en février 2026, prévoit une baisse de 6 % par an de la consommation de carburants fossiles sur dix ans. Cette trajectoire inquiète profondément les professionnels du secteur : jusqu'à 1 500 stations-service indépendantes pourraient fermer d'ici 2035. Pour les automobilistes, notamment en zone rurale, les conséquences sont déjà palpables. Décryptage complet de cette menace qui pèse sur le quotidien de millions de Français.

PPE 3 : une feuille de route qui bouleverse la distribution de carburants

Le gouvernement a dévoilé sa nouvelle feuille de route énergétique pour la période 2025-2035. La PPE 3 (Programmation pluriannuelle de l'énergie) fixe des objectifs ambitieux de décarbonation du secteur des transports. Le texte, adopté par décret, prévoit une réduction de 6 % par an des volumes de carburants fossiles distribués en France.

Actuellement, les stations-service françaises délivrent environ 41 millions de mètres cubes de carburants par an. Avec cette trajectoire, les volumes pourraient chuter de plus de 45 % d'ici 2035. Une baisse d'une ampleur sans précédent qui remet en cause le modèle économique de milliers de stations à travers le territoire.

Les trois principales organisations professionnelles du secteur — la FF3C (Fédération française des combustibles, carburants et chauffage), la FFP (Fédération française du pétrole) et Mobilians — ont immédiatement réagi. Dans un communiqué commun, elles alertent : « Cette trajectoire va impacter le maintien du réseau de distribution pour des carburants qui resteront en partie indispensables au-delà de 2035, tout particulièrement sur les territoires ruraux et périurbains. »

1 500 stations-service menacées de fermeture d'ici 2035

Le chiffre fait froid dans le dos. Selon une étude menée par Mobilians, premier mouvement de chefs d'entreprise du commerce et de la réparation automobile, près de 1 500 stations-service indépendantes pourraient disparaître à l'horizon 2035. D'autres estimations, notamment celles du site spécialisé Lenergeek, évoquent un scénario encore plus sombre avec 2 000 à 3 000 fermetures possibles.

Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut rappeler que la France comptait plus de 40 000 stations-service dans les années 1970. Aujourd'hui, il n'en reste qu'environ 11 000. La PPE 3 pourrait donc accélérer drastiquement un mouvement de concentration déjà bien engagé.

PériodeNombre de stations-service en FranceÉvolution
Années 1970~40 000
Années 2000~14 000-65 %
2026 (actuel)~11 000-21 %
2035 (estimation)8 000 à 9 500-14 à -27 %

Les stations les plus vulnérables sont les petites structures indépendantes implantées en milieu rural. Contrairement aux grandes surfaces (qui représentent environ 60 % des volumes distribués) ou aux réseaux autoroutiers, ces stations ne disposent pas de marges de manœuvre suffisantes pour absorber la baisse des volumes.

Pourquoi les stations rurales sont les premières touchées

Le problème est structurel. Pour une station-service rurale, près de 80 % du chiffre d'affaires provient directement de la vente de carburants. Les activités annexes — boutique, lavage, restauration rapide — ne génèrent qu'un complément marginal de revenus.

Quand les volumes baissent de 6 % par an, c'est le cœur même du modèle économique qui s'effondre. Les charges fixes, elles, ne diminuent pas : loyer, salaires, maintenance des équipements, mise aux normes environnementales… Le point de rentabilité devient inatteignable pour les plus petites structures.

À cela s'ajoute le coût de la transition elle-même. Installer des bornes de recharge électrique, proposer du biocarburant ou de l'hydrogène représente des investissements considérables, souvent hors de portée d'un gérant indépendant. Une borne de recharge rapide coûte entre 30 000 et 150 000 euros, selon la puissance.

Les professionnels dénoncent par ailleurs l'absence totale de dispositif d'accompagnement dans la PPE 3. Aucune aide à la reconversion, aucun fonds de soutien, aucune mesure transitoire n'est prévue pour aider les stations à traverser cette mutation.

Désertification énergétique : les zones rurales en première ligne

La fermeture progressive des stations-service ne représente pas qu'un enjeu économique. C'est un véritable problème d'aménagement du territoire qui se profile.

Dans de nombreuses communes rurales, la station-service est bien plus qu'un point de ravitaillement. C'est souvent le dernier commerce de proximité, un lieu de passage et de lien social. Sa disparition accentue l'isolement de territoires déjà fragilisés.

Concrètement, pour les automobilistes concernés, la fermeture de leur station habituelle signifie :

  • Des kilomètres supplémentaires pour trouver du carburant, parfois 20 à 30 km de détour
  • Un coût de déplacement accru, paradoxalement lié à la nécessité de rouler plus pour faire le plein
  • Une dépendance aux grandes surfaces et aux stations autoroutières, avec des prix souvent plus élevés pour ces dernières
  • Un risque de panne sèche pour les conducteurs qui repoussent le passage à la pompe

Les organisations professionnelles rappellent que « la distribution de carburants ne se limite pas aux stations-service : elle est indispensable au bon fonctionnement de secteurs stratégiques tels que l'agriculture, le transport, le BTP et de nombreuses activités économiques locales ».

Voiture électrique : la transition ne profite pas à tout le monde

La PPE 3 s'inscrit dans un contexte plus large d'électrification du parc automobile. Le retour confirmé du leasing social en 2026 et le développement des bornes de recharge rapide accélèrent la bascule vers l'électrique.

Mais cette transition ne bénéficie pas de manière égale à tous les territoires. Les bornes de recharge se concentrent principalement dans les zones urbaines et le long des grands axes. Les zones rurales, où les stations-service ferment, sont aussi celles où les infrastructures de recharge tardent à arriver.

Par ailleurs, le parc automobile français reste massivement thermique. En 2026, les voitures électriques ne représentent encore qu'environ 28 % des ventes de véhicules neufs. Mais l'immense majorité des 39 millions de véhicules en circulation roule encore à l'essence ou au diesel. Ces automobilistes auront besoin de carburants fossiles pendant encore au moins 10 à 15 ans.

La situation crée un cercle vicieux particulièrement préoccupant : les volumes de carburant baissent, les stations ferment, les automobilistes thermiques doivent rouler plus loin pour faire le plein, ce qui augmente leur consommation et leur facture.

Quelles solutions pour sauver les stations-service ?

Face à cette menace, plusieurs pistes sont évoquées par les professionnels et les élus locaux :

La diversification des services. Certaines stations se transforment en véritables pôles de mobilité multiservices : recharge électrique, livraison de colis, épicerie de dépannage, point relais. Ce modèle fonctionne, mais nécessite des investissements importants.

Les aides publiques à la reconversion. Les organisations professionnelles demandent l'intégration dans la PPE 3 de mesures de soutien ciblées : subventions pour l'installation de bornes, aides à la diversification, exonérations fiscales temporaires.

Le maintien d'un réseau minimal garanti. Certains élus proposent de définir un maillage territorial de référence, avec un nombre minimum de stations par bassin de vie, financé en partie par les fonds de la transition énergétique.

Le développement des biocarburants. Le superéthanol E85, en pleine croissance, pourrait offrir un relais de croissance aux stations existantes. Son prix attractif (environ 0,85 €/litre) et la compatibilité avec de nombreux véhicules en font une alternative crédible.

SolutionInvestissement estiméDélai de mise en œuvreImpact potentiel
Borne de recharge rapide30 000 à 150 000 €6 à 12 moisMoyen
Diversification (épicerie, colis)10 000 à 50 000 €3 à 6 moisÉlevé en rural
Installation pompe E8515 000 à 25 000 €2 à 4 moisÉlevé
Conversion en pôle hydrogène500 000 à 2 M€18 à 36 moisFaible à court terme

Ce que cela change concrètement pour les automobilistes

Si vous habitez en zone rurale ou périurbaine, voici les conséquences directes à anticiper dans les prochaines années :

À court terme (2026-2028) : les premières fermetures de stations indépendantes vont se multiplier, surtout dans les communes de moins de 2 000 habitants. Pensez à repérer les stations alternatives autour de chez vous.

À moyen terme (2028-2032) : le maillage va se resserrer significativement. Les trajets pour faire le plein vont s'allonger. Il deviendra pertinent de planifier ses ravitaillements en les combinant avec d'autres déplacements (courses, rendez-vous).

À long terme (2032-2035) : les carburants fossiles resteront disponibles, mais dans un réseau beaucoup plus restreint. La transition vers un véhicule électrique ou hybride rechargeable deviendra progressivement une nécessité économique, pas seulement écologique.

En attendant, quelques réflexes pratiques peuvent vous aider :

  • Utilisez les applications de comparaison de prix (Prix-Carburants.gouv.fr) pour optimiser vos pleins
  • Profitez des opérations carburant à prix coûtant proposées régulièrement par les grandes surfaces
  • Si votre véhicule est compatible, envisagez la conversion au superéthanol E85 (boîtier homologué entre 700 et 1 200 €)
  • Renseignez-vous sur les aides locales à l'achat d'un véhicule électrique ou hybride

FAQ : fermeture des stations-service en France

Combien de stations-service risquent de fermer en France ?

Selon les estimations de Mobilians, environ 1 500 stations-service indépendantes pourraient disparaître d'ici 2035. D'autres projections évoquent jusqu'à 3 000 fermetures si la trajectoire de la PPE 3 se confirme sans mesure d'accompagnement.

Pourquoi les stations-service ferment-elles ?

La cause principale est la baisse programmée des volumes de carburants fossiles (-6 % par an selon la PPE 3), combinée à la montée en puissance des véhicules électriques et hybrides. Les stations rurales, dont 80 % du chiffre d'affaires dépend du carburant, sont les plus vulnérables.

Les stations-service des grandes surfaces sont-elles aussi menacées ?

Moins directement. Les stations en grande surface bénéficient d'un modèle économique diversifié : le carburant sert souvent de produit d'appel pour attirer les clients dans le magasin. Elles peuvent absorber la baisse des volumes plus facilement que les indépendants.

Que prévoit le gouvernement pour accompagner les stations-service ?

En l'état, la PPE 3 ne prévoit aucun dispositif spécifique de soutien à la distribution de carburants. Les organisations professionnelles demandent des aides à la reconversion, des subventions pour l'installation de bornes et un plan de maintien du maillage territorial.

Trouvera-t-on encore du carburant en zone rurale en 2035 ?

Oui, mais dans un réseau beaucoup plus restreint. Les carburants fossiles resteront disponibles au-delà de 2035, car une partie importante du parc roulant sera encore thermique. En revanche, les distances pour accéder à une station augmenteront significativement dans certaines zones.

Notre avis

La PPE 3 pose un vrai dilemme. D'un côté, la décarbonation des transports est une nécessité climatique incontestable. De l'autre, cette transition ne peut pas se faire au détriment de millions d'automobilistes qui dépendent encore du thermique et n'ont pas les moyens de passer à l'électrique du jour au lendemain.

Le principal reproche que l'on peut adresser au gouvernement, c'est l'absence totale de mesures d'accompagnement. Programmer la fin progressive des carburants fossiles sans prévoir de filet de sécurité pour les stations-service indépendantes revient à fragiliser des territoires déjà vulnérables.

La solution réside probablement dans un plan de transition juste, qui combine objectifs climatiques et préservation du maillage territorial. Les stations-service de demain ne vendront peut-être plus de gazole, mais elles pourraient devenir des pôles de mobilité multiservices indispensables. Encore faut-il leur en donner les moyens.

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