Robotaxi : la Chine déploie ses taxis autonomes à une vitesse record en 2026
Alors que l'Europe hésite encore sur le cadre réglementaire de la voiture autonome et que les États-Unis font face à des revers technologiques, la Chine accélère le déploiement de ses flottes de robotaxis à un rythme qui laisse le reste du monde loin derrière. Baidu Apollo Go, Pony.ai et WeRide multiplient les mises en service dans les grandes métropoles chinoises. L'objectif affiché : 500 000 robotaxis en circulation d'ici 2030. Comment Pékin a-t-il réussi ce tour de force industriel et social ? Quelles sont les conséquences pour les conducteurs traditionnels ? Et faut-il s'attendre à voir ces véhicules sans chauffeur débarquer bientôt en France ? Décryptage complet de cette révolution du transport urbain.
Qu'est-ce qu'un robotaxi et comment fonctionne-t-il ?
Un robotaxi est un véhicule de transport de passagers entièrement autonome, c'est-à-dire capable de circuler sans conducteur humain. Équipé de capteurs LiDAR, de caméras haute définition, de radars et d'une intelligence artificielle embarquée, il analyse son environnement en temps réel pour naviguer dans le trafic urbain.
Contrairement à un taxi classique, le robotaxi fonctionne via une application mobile. Le passager commande sa course depuis son smartphone, le véhicule se rend au point de prise en charge, effectue le trajet et dépose le client à destination — le tout sans intervention humaine. Les portes se déverrouillent par Bluetooth, et l'interaction à bord se fait par commande vocale.
Les modèles les plus avancés, comme le Baidu Apollo RT6 ou le Toyota bZ4X transformé par Pony.ai, intègrent même des systèmes de freinage intelligent conçus pour limiter le mal des transports, un problème fréquent chez les passagers de véhicules autonomes.
La Chine en tête : les chiffres du déploiement en 2026
La Chine ne se contente pas de tester des prototypes. Elle déploie massivement ses robotaxis dans les rues de ses plus grandes villes. Voici un panorama des principaux acteurs et de leurs flottes :
| Opérateur | Villes de déploiement | Flotte 2026 | Objectif 2030 |
|---|---|---|---|
| Baidu Apollo Go | Wuhan, Pékin, Shanghai, Guangzhou, Shenzhen | ~10 000 véhicules | 100 000+ |
| Pony.ai (+ Toyota) | Pékin, Shanghai, Guangzhou | 1 000 à 3 000 unités | 50 000+ |
| WeRide | Guangzhou, EAU, Singapour | ~2 000 véhicules | 30 000+ |
| DiDi Autonomous | Shanghai, Guangzhou | ~500 véhicules | Non communiqué |
Le partenariat entre Toyota et Pony.ai, annoncé début 2026, marque une étape majeure. Plus de 1 000 robotaxis Toyota bZ4X équipés du système autonome Gen-7 seront produits cette année, avec un objectif de 3 000 véhicules d'ici fin 2026. À titre de comparaison, Waymo ne dispose que d'environ 700 véhicules aux États-Unis.
Le secret chinois : l'infrastructure V2X et la 5G
Si la Chine domine la course aux robotaxis, ce n'est pas uniquement grâce à l'intelligence de ses voitures. C'est surtout grâce à l'intelligence de ses routes. Pékin a massivement investi dans la technologie V2X (Vehicle-to-Everything), un système de communication qui permet aux véhicules de « dialoguer » avec leur environnement.
Concrètement, les feux tricolores, les carrefours et même le mobilier urbain communiquent en 5G-Advanced avec les robotaxis. Le véhicule sait qu'un piéton va surgir derrière un bus avant même que ses propres capteurs LiDAR ne le détectent. À Pékin, le système peut prévenir un robotaxi qu'un cycliste arrive à vive allure dans un angle mort, et ce à 200 mètres de l'intersection.
Cette approche diffère radicalement de la stratégie américaine. Waymo mise tout sur l'intelligence embarquée dans le véhicule, tandis que la Chine a transformé des districts entiers en laboratoires à ciel ouvert. Des autorisations de tests sans chauffeur de sécurité ont été accordées dès 2024 dans certaines zones.
Un prix de véhicule divisé par trois face à Waymo
L'avantage compétitif chinois repose aussi sur le coût de production. Tandis qu'une Jaguar I-Pace équipée par Waymo coûte plus de 100 000 dollars, Baidu a lancé son modèle Apollo RT6 pour environ 35 000 dollars, soit trois fois moins cher.
Cette baisse drastique des prix s'explique par plusieurs facteurs :
- Intégration verticale : les constructeurs chinois maîtrisent toute la chaîne, des capteurs LiDAR aux puces de calcul
- Économies d'échelle : la production en grande série réduit le coût unitaire
- Subventions publiques : le gouvernement chinois soutient massivement l'industrie de la conduite autonome
- Concurrence locale : la rivalité entre Baidu, Pony.ai, WeRide et DiDi tire les prix vers le bas
Un robotaxi moins cher, c'est une flotte qui grandit plus vite et un seuil de rentabilité atteint plus rapidement. D'autant qu'un robotaxi tourne en moyenne 20 heures par jour, là où un taxi humain doit s'arrêter pour que le chauffeur se repose.
Le coût social : chauffeurs de taxi en colère et prix plancher
Le déploiement massif des robotaxis ne se fait pas sans remous sociaux. Pour gagner des parts de marché, les opérateurs ont cassé les prix de manière agressive. À Wuhan, le tarif d'une course en robotaxi est tombé si bas qu'il concurrence désormais le ticket de métro.
Les conséquences pour les chauffeurs de taxi traditionnels sont dramatiques. Dans certains districts de Wuhan, leurs revenus ont chuté de près de 50 %. Face à la colère sociale, les autorités ont dû intervenir :
- Prix plancher dynamique : le tarif ne peut plus descendre en dessous de 1,5 yuan par kilomètre (environ 0,20 €/km)
- Gel des immatriculations : Wuhan a suspendu les nouvelles immatriculations de robotaxis pour le premier semestre 2026
- Quotas stricts : Pékin a fixé un numerus clausus de 1 500 véhicules sans chauffeur dans la zone de Yizhuang pour 2026
- Hubs de stationnement : les robotaxis doivent stationner dans des zones dédiées plutôt que de « rôder » dans les rues
Ces mesures montrent que même en Chine, où le soutien étatique est massif, la transition vers les taxis autonomes doit être accompagnée socialement. Un enseignement précieux pour l'Europe.
Sécurité : les robotaxis sont-ils vraiment plus fiables que les humains ?
Les opérateurs de robotaxis mettent systématiquement en avant des statistiques flatteuses. Selon les autorités de transport de Shenzhen, le taux d'accident grave par kilomètre parcouru serait sept fois inférieur à celui des conducteurs humains.
Mais ces chiffres doivent être nuancés. Plusieurs incidents ont marqué l'actualité récente :
- En décembre 2025, un robotaxi de Hello (affilié à Alibaba) a percuté deux piétons à Zhuzhou, dans la province du Hunan
- Quelques mois plus tôt, un autre véhicule autonome était tombé dans une tranchée de chantier
- Aux États-Unis, le régulateur NHTSA a ouvert une enquête après 22 rapports de comportement inattendu de robotaxis Waymo
- Waymo a dû rappeler plus de 1 200 véhicules suite à un bug logiciel ayant causé 16 collisions avec des barrières
La sécurité reste donc un sujet de vigilance. Si les statistiques globales semblent favorables, chaque accident impliquant un véhicule sans conducteur suscite une émotion médiatique bien plus forte que les milliers d'accidents causés quotidiennement par des conducteurs humains.
Et l'Europe dans tout ça ? Quand verrons-nous des robotaxis en France ?
L'Europe accuse un retard considérable. Waymo prévoit de lancer son service à Londres courant 2026, ce qui constituerait une première sur le Vieux Continent. En France, le cadre réglementaire reste flou et aucun déploiement commercial n'est prévu à court terme.
Pourtant, des acteurs comme WeRide disposent déjà d'autorisations de conduite autonome dans 11 pays, dont la France (pour des tests). Et Uber a récemment annoncé un partenariat avec WeRide pour un service de robotaxis commerciaux à grande échelle.
Pour les seniors français, habitués au coût croissant de l'assurance auto, le robotaxi pourrait représenter une alternative intéressante à terme. Plus besoin de posséder une voiture, de payer l'entretien ou l'assurance : un simple abonnement suffirait. Mais il faudra probablement attendre 2028 ou 2029 avant de voir les premiers services commerciaux en France.
FAQ : tout savoir sur les robotaxis
Combien coûte une course en robotaxi en Chine ?
En Chine, une course en robotaxi coûte entre 0,20 € et 0,50 € par kilomètre, soit souvent moins cher qu'un taxi traditionnel. À Wuhan, les autorités ont dû instaurer un prix plancher pour protéger les chauffeurs humains.
Les robotaxis sont-ils plus sûrs que les taxis classiques ?
Selon les statistiques officielles chinoises, le taux d'accident grave est sept fois inférieur à celui des conducteurs humains. Toutefois, des incidents ont été signalés et la technologie n'est pas infaillible. La prudence reste de mise.
Quand les robotaxis arriveront-ils en France ?
Waymo prévoit un lancement à Londres en 2026. En France, le cadre réglementaire n'est pas encore prêt pour un déploiement commercial. Les premières courses pourraient avoir lieu entre 2028 et 2030.
Un robotaxi peut-il fonctionner la nuit ou par mauvais temps ?
Oui, les capteurs LiDAR et les caméras infrarouges permettent aux robotaxis de fonctionner 24h/24, de nuit comme sous la pluie. Les conditions de neige ou de brouillard dense restent cependant plus difficiles à gérer.
Les robotaxis vont-ils supprimer les emplois de chauffeurs de taxi ?
C'est le principal sujet de préoccupation. En Chine, les revenus des chauffeurs ont chuté jusqu'à 50 % dans certaines zones. Les gouvernements devront accompagner cette transition avec des mesures sociales adaptées.
Notre avis
La Chine est en train de prendre une avance considérable sur le reste du monde dans le domaine des robotaxis. Grâce à une combinaison unique de soutien étatique, d'infrastructure V2X et de coûts de production maîtrisés, les flottes de taxis autonomes chinoises sont les premières au monde à dégager des bénéfices opérationnels.
Pour autant, cette révolution ne se fait pas sans heurts. Les questions de sécurité, d'emploi et de régulation restent des défis majeurs. L'Europe aurait tort de simplement observer : il est temps de définir un cadre clair pour ne pas se retrouver, une fois de plus, dépendante de technologies étrangères.
Pour les automobilistes français, notamment les seniors, le robotaxi reste une perspective lointaine mais prometteuse. En attendant, la révolution de la recharge rapide et les nouveaux constructeurs chinois qui arrivent en France montrent que le marché automobile est en pleine mutation.







