Voiture de fonction 2026 : niche fiscale, nouvelles règles et ce que ça change pour vous
La voiture de fonction fait l'objet d'un véritable séisme médiatique et fiscal en ce début d'année 2026. D'un côté, l'arrêté du 25 février 2025 a profondément remanié le calcul de l'avantage en nature, avec des taux forfaitaires en forte hausse pour les véhicules mis à disposition depuis le 1er février 2025. De l'autre, une étude retentissante du Forum Vies Mobiles, publiée le 17 février 2026, qualifie le dispositif de « niche fiscale coûteuse, inégalitaire et écologiquement peu efficace », estimant le manque à gagner pour l'État à 1,8 milliard d'euros par an. Que vous soyez salarié bénéficiaire, chef d'entreprise ou simplement contribuable, voici tout ce qu'il faut comprendre sur ce sujet brûlant.
Qu'est-ce qu'une voiture de fonction exactement ?
Contrairement à la voiture de service — réservée aux seuls déplacements professionnels — la voiture de fonction est un véhicule mis à la disposition du salarié par son employeur, qu'il peut utiliser librement pour ses trajets professionnels et personnels : week-ends, vacances, courses du quotidien.
Cet usage privé constitue un avantage en nature (AEN). Il est considéré comme un complément de rémunération, soumis à cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu. L'employeur doit l'évaluer et le déclarer, soit au réel (dépenses effectivement engagées), soit au forfait (pourcentage du prix d'achat ou du coût de location).
En France, on dénombre environ 2 millions de voitures de société, dont 1,5 million sont des véhicules de fonction au sens strict. Un parc considérable, qui représente une part significative des immatriculations neuves — et un enjeu fiscal majeur.
Nouvelles règles fiscales 2026 : ce qui a changé depuis février 2025
L'arrêté du 25 février 2025 a instauré de nouveaux barèmes forfaitaires, nettement plus élevés que les précédents. Ces règles s'appliquent à tout véhicule mis à disposition d'un salarié à compter du 1er février 2025. Si votre véhicule vous a été attribué avant cette date, les anciens taux restent en vigueur.
| Type de véhicule | Sans carburant pris en charge | Avec carburant pris en charge |
|---|---|---|
| Véhicule acheté (≤ 5 ans) | 15 % du prix d'achat TTC | 20 % du prix d'achat TTC |
| Véhicule acheté (> 5 ans) | 10 % du prix d'achat TTC | 15 % du prix d'achat TTC |
| Véhicule en location | 50 % du coût global annuel | 67 % du coût global annuel |
| Véhicule 100 % électrique | Abattement de 70 % (forfait) plafonné à 4 641 €/an — sous condition d'éco-score | |
Exemple concret : pour un véhicule neuf d'une valeur de 35 000 € TTC, attribué en mars 2025 sans prise en charge du carburant, l'avantage en nature annuel s'élève à 35 000 × 15 % = 5 250 €. Avec les anciens taux (9 %), il n'aurait été que de 3 150 €. C'est une hausse de 67 % de la base imposable.
L'étude choc du Forum Vies Mobiles : 1,8 milliard d'euros de manque à gagner
Publiée le 17 février 2026, l'étude intitulée « Pour qui roule la voiture de fonction ? Une impasse sociale, fiscale et écologique » a été menée par les chercheurs Yoann Demoli (université de Lille), Roxane Adet et Matthieu Bloch. Ses conclusions sont sans appel.
Le rapport affirme que le dispositif des voitures de fonction représente chaque année 1,8 milliard d'euros de manque à gagner pour les finances publiques. Ce chiffre correspond à l'écart entre les montants effectivement acquittés et ceux qui auraient dû l'être si l'imposition avait été alignée sur l'usage personnel réel des véhicules.
La raison principale ? Selon l'étude, l'administration fiscale table sur un usage moitié professionnel, moitié privé. Or, les données de l'Enquête Mobilité des Personnes (EMP 2019) montrent que 70 % des kilomètres parcourus avec une voiture de fonction le sont pour des motifs personnels.
Un dispositif qui profite surtout aux cadres les plus aisés
L'étude du Forum Vies Mobiles dresse un portrait sans concession des bénéficiaires. Seuls 5,8 % des actifs français disposent d'une voiture de fonction. Et parmi eux :
- Les 10 % les plus riches sont dix fois plus susceptibles d'en bénéficier que les actifs les plus modestes
- Les cadres captent 50 % du parc de véhicules de fonction
- 75 % des détenteurs sont des hommes
- En 2024, près de 70 % des berlines haut de gamme ont été achetées par des entreprises
Le rapport cite des exemples frappants : 4 des 5 Ferrari Daytona et 7 des 11 Bentley Bentayga vendues en France en 2024 l'ont été à des entreprises. Pour les auteurs, « la voiture n'est plus un mode de transport pour certains dirigeants, c'est un salon, un marqueur de statut que l'on s'offre à moindre coût fiscal ».
L'illusion de la transition écologique par les flottes d'entreprise
On pourrait penser que l'électrification des flottes d'entreprise constitue un levier puissant pour la transition écologique. L'étude tempère fortement cet optimisme.
Certes, les entreprises sont parmi les premières à adopter les véhicules électriques, notamment grâce aux 850 millions d'euros d'aides publiques dont elles bénéficient. Mais le rapport dénonce un « effet rebond » : la gratuité du carburant ou de l'électricité, prise en charge par l'employeur, encourage les bénéficiaires à rouler davantage.
De plus, les véhicules choisis sont souvent des modèles lourds et coûteux — SUV électriques premium, berlines haut de gamme — dont l'impact environnemental global (fabrication, poids, consommation) reste discutable. Le coût pour les finances publiques de chaque tonne de CO2 évitée par ce biais s'avère bien plus élevé que d'autres mesures climatiques.
La proposition radicale : plafonner à 25 000 euros
Face à ce constat, le Forum Vies Mobiles avance une proposition forte : plafonner l'avantage fiscal aux véhicules de moins de 25 000 euros. Concrètement, au-delà de ce seuil, le surplus ne bénéficierait plus d'aucun traitement fiscal favorable.
Cette mesure permettrait selon les auteurs de :
- Récupérer une partie des 1,8 milliard d'euros de manque à gagner annuel
- Réorienter les aides vers des solutions de mobilité plus justes (crédit mobilité, transports en commun)
- Favoriser les véhicules sobres et de petit gabarit plutôt que les berlines de luxe
Sans surprise, cette proposition fait grincer des dents dans le monde de l'entreprise. Plusieurs dirigeants soulignent que la voiture de fonction reste un outil d'attractivité des talents et un élément de rémunération nettement moins taxé qu'un salaire classique, dans un pays où le coût du travail est déjà parmi les plus élevés d'Europe.
Véhicule électrique de fonction : l'abattement de 70 % maintenu en 2026
Si vous disposez d'une voiture de fonction 100 % électrique mise à disposition depuis le 1er février 2025, vous bénéficiez d'un régime fiscal avantageux :
- Les frais d'électricité payés par l'employeur n'entrent pas dans le calcul de l'avantage en nature
- Un abattement de 70 % s'applique sur l'évaluation forfaitaire, plafonné à 4 641,60 € par an (valeur 2026)
- En cas d'évaluation au réel, l'abattement est de 50 %, plafonné à 2 026,30 € par an
Condition importante : le véhicule doit respecter un éco-score minimum (être éligible au bonus écologique au jour de sa mise à disposition). Ce critère exclut de facto les véhicules électriques fabriqués en Chine sans éco-score suffisant.
Ces abattements restent en vigueur pour les mises à disposition jusqu'au 31 décembre 2027. Au-delà, rien n'est garanti — le législateur pourrait revoir les règles à la baisse.
Ce que ça change concrètement pour les salariés et les retraités
Si vous êtes salarié et que vous bénéficiez d'une voiture de fonction, la hausse des taux forfaitaires signifie un avantage en nature plus élevé sur votre fiche de paie. Résultat : davantage de cotisations sociales et un impôt sur le revenu potentiellement plus lourd.
Si vous êtes retraité ou que vous ne disposez pas d'une voiture de fonction, cette niche fiscale vous concerne aussi en tant que contribuable : le manque à gagner de 1,8 milliard d'euros pèse sur les finances publiques et pourrait justifier d'autres hausses d'impôts ou des coupes budgétaires ailleurs.
| Situation | Impact pour vous |
|---|---|
| Salarié avec voiture de fonction thermique (depuis fév. 2025) | Hausse de l'AEN = plus d'impôts et cotisations |
| Salarié avec voiture de fonction électrique | Abattement 70 % maintenu — avantage préservé |
| Salarié avec voiture attribuée avant fév. 2025 | Anciens taux maintenus — aucun changement |
| Salarié sans voiture de fonction | Pas d'impact direct — mais débat fiscal en cours |
| Chef d'entreprise / employeur | Coût social en hausse sur les nouveaux véhicules |
FAQ : vos questions sur la voiture de fonction en 2026
Peut-on refuser une voiture de fonction proposée par son employeur ?
Oui, absolument. L'avantage en nature n'est pas obligatoire. Le salarié peut le décliner, notamment s'il préfère éviter l'impact fiscal sur son revenu imposable. L'employeur ne peut pas l'imposer.
Quelle est la différence entre voiture de fonction et voiture de service ?
La voiture de service est réservée à un usage strictement professionnel et doit rester sur le lieu de travail en dehors des heures de service. La voiture de fonction peut être utilisée librement pour les trajets personnels. Seule la seconde génère un avantage en nature imposable.
Les nouveaux taux d'avantage en nature s'appliquent-ils à tous les véhicules ?
Non. Seuls les véhicules mis à disposition à compter du 1er février 2025 sont concernés par les nouveaux barèmes. Si votre véhicule vous a été attribué avant cette date, les anciens taux (9 % / 6 %) continuent de s'appliquer.
Le plafonnement à 25 000 € proposé par le Forum Vies Mobiles est-il déjà en vigueur ?
Non, il s'agit d'une recommandation issue d'une étude indépendante. À ce jour, aucun texte législatif n'a été déposé en ce sens. Mais le débat est lancé et pourrait influencer les prochaines lois de finances.
Est-il plus intéressant fiscalement d'opter pour une voiture de fonction électrique ?
Oui, significativement. L'abattement de 70 % sur l'évaluation forfaitaire réduit considérablement l'avantage en nature imposable. De plus, les frais d'électricité ne sont pas pris en compte. Cet avantage est valable jusqu'au 31 décembre 2027, sous condition d'éco-score.
Notre avis
Le débat sur la voiture de fonction cristallise deux visions irréconciliables de la politique économique française. D'un côté, un dispositif perçu comme un levier d'attractivité indispensable pour les entreprises dans un pays où le coût du travail est élevé. De l'autre, une niche fiscale qui bénéficie principalement aux salariés les mieux rémunérés et dont le coût pour la collectivité est désormais chiffré.
Les nouvelles règles de calcul entrées en vigueur début 2025 vont dans le sens d'une correction, avec des taux forfaitaires sensiblement relevés. Mais elles restent très en deçà de ce que préconise l'étude du Forum Vies Mobiles. La proposition de plafonnement à 25 000 euros, si elle était adoptée, bouleverserait en profondeur la politique de rémunération de milliers d'entreprises.
Pour les salariés concernés, le conseil est clair : privilégiez un véhicule électrique éligible à l'éco-score pour profiter de l'abattement de 70 %, et faites vos calculs entre évaluation au réel et au forfait pour minimiser l'impact fiscal. Et surveillez attentivement les prochaines lois de finances — le sujet est loin d'être clos.
Sources : arrêté du 25 février 2025 (Légifrance), étude Forum Vies Mobiles « Pour qui roule la voiture de fonction ? » (février 2026), Challenges, Caradisiac, LégiSocial.
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