Une annonce choc en ouverture de Bourse
Le 6 février 2026 restera gravé dans l'histoire de Stellantis comme une date noire. Une heure avant l'ouverture de la Bourse de Paris, le groupe automobile a lâché une bombe : une charge exceptionnelle de 22 milliards d'euros, soit près de trois fois les 8,6 milliards anticipés par la presse italienne quelques semaines plus tôt. L'effet domino a été immédiat : perte nette programmée pour l'exercice 2025, aucun dividende pour les actionnaires, et un cours de Bourse en chute libre de plus de 20 % dans la matinée.
Cette annonce brutale marque un tournant historique pour le quatrième constructeur mondial, né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler en 2021. En quelques heures, des milliards d'euros de capitalisation se sont évaporés, laissant les investisseurs sous le choc. Le titre est tombé à 6,89 euros à l'ouverture, un niveau jamais vu depuis la création du groupe.
Un « reset profond » selon la direction
Antonio Filosa, le nouveau directeur général arrivé en 2025 après le départ de Carlos Tavares, a qualifié cette opération de « reset profond mais nécessaire ». Selon ses termes, il s'agit de « remettre les clients au centre de tout ce que nous faisons et de soutenir une croissance rentable ». Le message est clair : Stellantis tourne la page de l'ère Tavares pour repartir sur de nouvelles bases.
Ces charges massives, très supérieures aux prévisions des analystes, font mécaniquement passer le groupe dans le rouge. Elles équivalent presque au cumul des bénéfices nets de 2023 (18,6 milliards d'euros) et 2024 (5,5 milliards d'euros). Autrement dit, le groupe vient d'effacer en une seule annonce deux années de profits.
Le groupe précise que 14 milliards d'euros de charges portent notamment sur la révision de la ligne de produits aux Etats-Unis, premier marché de Stellantis et pilier historique de sa rentabilité.
L'électrique, bouc émissaire d'une crise plus profonde ?
Pour Antonio Filosa, le diagnostic est clair : Stellantis a « surestimé le rythme de la transition énergétique ». Cette stratégie aurait éloigné le constructeur « des besoins, des moyens financiers et des désirs réels de nombreux acheteurs ». En d'autres termes, le tout-électrique prôné par Carlos Tavares est désigné comme le principal responsable de ce naufrage.
Filosa n'a d'ailleurs pas ménagé son prédécesseur, glissant dans le communiqué officiel que ses équipes « s'attacheront sans relâche à combler les insuffisances d'exécution du passé ». Un tacle à peine voilé envers l'ingénieur portugais qui avait fait de l'électrification accélérée son cheval de bataille.
Pourtant, cette explication mérite d'être nuancée. D'autres constructeurs ont également freiné leurs ambitions électriques sans subir une charge exceptionnelle d'une telle ampleur. Ford a inscrit 19 milliards de dollars de charges sur trois ans. General Motors a annoncé 7 milliards de dollars pour fin 2025. Des montants importants, certes, mais qui s'étalent davantage dans le temps.
Stellantis dans le contexte mondial : comparaison avec les concurrents
| Constructeur | Charges exceptionnelles | Période | Raison principale |
|---|---|---|---|
| Stellantis | 22 milliards € | 2025 | Surestimation de l'électrification + restructuration |
| Ford | 19 milliards $ | Sur 3 ans | Révision des ambitions électriques |
| General Motors | 7 milliards $ | Fin 2025 | Révision des ambitions électriques |
Le marché de l'électrique aux Etats-Unis est particulièrement pénalisé par les décisions de l'administration Trump, qui a réduit les exigences en matière d'émissions polluantes et mis fin à une aide fédérale à l'achat. Ce contexte politique a accéléré la remise en question des stratégies tout-électrique chez les trois grands groupes.
Les vraies raisons du naufrage : au-dela de l'électrique
Derrière la façade de l'électrique se cachent des dysfonctionnements bien plus profonds qui ont miné Stellantis pendant plusieurs années.
La politique de prix élevés de Carlos Tavares
Le fameux « pricing power » de Tavares, cette politique consistant à augmenter les prix pour maximiser les marges, a fini par se retourner contre le groupe. Les clients, confrontés à des tarifs jugés excessifs, ont déserté les showrooms. Les parts de marché ont reculé en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.
Le chiffre d'affaires 2024 avait déjà baissé de 17 %, à 156,9 milliards d'euros. Les ventes mondiales avaient reculé en volume de 12 %, à 5,4 millions de véhicules contre 6,1 millions en 2023, soit la plus forte baisse parmi les 15 premiers constructeurs mondiaux.
Le scandale du moteur PureTech
Les problèmes de fiabilité du moteur PureTech continuent d'entacher la réputation des marques françaises du groupe (Peugeot, Citroën, DS). Ce moteur, équipant des centaines de milliers de véhicules, a fait l'objet de campagnes de rappel tardives et désorganisées. Des milliers de propriétaires se retrouvent avec des pannes coûteuses, parfois après seulement 60 000 ou 80 000 kilomètres.
Pour les automobilistes concernés, souscrire une garantie panne mécanique via Linkar peut s'avérer judicieux afin de se protéger contre les frais de réparation imprévus, notamment sur ces motorisations connues pour leur fragilité.
L'affaire des airbags Takata
Le groupe fait également face aux conséquences de l'affaire des airbags défectueux Takata. Une action de groupe a été lancée contre Stellantis pour sa « campagne de rappel tardive, partielle et désorganisée ». Cette affaire, qui touche des millions de véhicules dans le monde, génère des coûts de rappel et de réparation considérables.
Les 14 marques du groupe : toutes impactées ?
Stellantis est un conglomérat regroupant 14 marques automobiles, chacune avec ses propres défis :
| Marque | Segment | Principaux marchés |
|---|---|---|
| Peugeot | Généraliste | Europe, Afrique |
| Citroën | Généraliste | Europe |
| DS | Premium | Europe, Chine |
| Opel/Vauxhall | Généraliste | Europe, Royaume-Uni |
| Fiat | Généraliste | Europe, Amérique du Sud |
| Alfa Romeo | Premium sportif | Europe, Etats-Unis |
| Lancia | Premium | Italie |
| Maserati | Luxe | Monde |
| Jeep | SUV/4x4 | Etats-Unis, monde |
| Dodge | Sportif | Etats-Unis |
| RAM | Pick-up | Etats-Unis |
| Chrysler | Généraliste | Etats-Unis |
La révision de la gamme de produits aux Etats-Unis, qui représente 14 milliards d'euros de charges, concerne principalement les marques Jeep, Dodge, RAM et Chrysler. Le groupe a notamment décidé de renoncer à son programme d'hybrides rechargeables sur le marché américain.
Un paradoxe : l'électrique continue de progresser
Le plus ironique dans cette histoire est que Stellantis semble vouloir ralentir sur l'électrique au moment même où ce marché décolle enfin. Les ventes de véhicules électriques ont bondi de 30 % en Europe l'an passé, atteignant 1,88 million d'exemplaires et 17,4 % de part de marché (contre 13,6 % en 2024).
Mais cette progression s'effectue dans un marché des voitures neuves qui a baissé d'un quart par rapport à 2020. Et tous les constructeurs n'en profitent pas de la même manière. Renault, par exemple, récolte les fruits de sa stratégie avec la R5 électrique, un modèle abordable qui rencontre un vif succès commercial.
En se retirant de sa coentreprise avec LG au Canada pour la production de batteries, Stellantis risque de se retrouver mal positionné lorsque la bascule vers l'électrique s'accélérera véritablement.
La stratégie de Filosa pour redresser la barre
Le nouveau patron a déjà esquissé les grandes lignes de sa feuille de route, en attendant la présentation du plan stratégique complet prévue le 21 mai 2026 :
- Baisse des prix : revenir à des tarifs plus compétitifs pour regagner des parts de marché en volume
- Investissement américain : 13 milliards d'euros sur quatre ans aux Etats-Unis pour doper les ventes
- Retour au moteur Firefly : remplacement progressif du PureTech par le moteur italien Firefly, jugé plus fiable
- Recentrage sur le client : abandon de la logique de « pricing power » au profit d'une approche plus orientée volume
- Rationalisation : exploration de « tous les recoins de l'entreprise » pour identifier les sources d'économies
Les résultats annuels 2025 complets seront annoncés le 26 février 2026, mais le groupe assure que « ces actions, initiées en 2025, donnent déjà des premiers résultats encourageants ».
Ce que cela signifie pour les automobilistes français
Pour les propriétaires de véhicules Peugeot, Citroën, DS ou Opel, cette restructuration soulève plusieurs questions concretes :
- Service après-vente : les restructurations peuvent impacter la disponibilité des pièces détachées et la qualité du réseau de réparation
- Valeur de revente : l'image de marque ternie peut peser sur la cote des véhicules d'occasion
- Garantie constructeur : les engagements de garantie seront-ils honorés dans un contexte financier tendu ?
- Nouveaux modèles : certains lancements pourraient être retardés ou annulés
Pour sécuriser leur véhicule dans ce contexte incertain, les automobilistes ont tout intérêt à vérifier l'état de leur garantie constructeur et, si celle-ci arrive à expiration, à envisager une extension de garantie panne mécanique pour se prémunir contre les mauvaises surprises.
FAQ : Stellantis et ses 22 milliards de pertes
Pourquoi Stellantis a-t-il enregistré 22 milliards d'euros de charges exceptionnelles ?
Le groupe a passé ces charges pour réaliser un « reset profond » de son activité. Elles couvrent principalement la révision de la gamme de produits aux Etats-Unis (14 milliards d'euros), les conséquences de la surestimation du rythme de l'électrification, et les coûts de restructuration liés au changement de stratégie sous la direction d'Antonio Filosa.
Stellantis va-t-il faire faillite ?
Non, Stellantis reste un groupe solide sur le plan industriel, avec 14 marques et des usines dans le monde entier. Les charges exceptionnelles sont une opération comptable qui vise à assainir les comptes et repartir sur de nouvelles bases. Le groupe dispose encore de réserves de trésorerie importantes, même si la situation est préoccupante.
Quelles marques sont concernées par les difficultés de Stellantis ?
Toutes les 14 marques du groupe sont potentiellement impactées : Peugeot, Citroën, DS, Opel, Vauxhall, Fiat, Alfa Romeo, Lancia, Maserati, Jeep, Dodge, RAM et Chrysler. Les marques américaines sont les plus touchées par les charges (14 milliards d'euros), tandis que les marques françaises souffrent notamment du scandale du moteur PureTech.
Que va-t-il se passer pour les propriétaires de voitures Peugeot ou Citroën ?
A court terme, pas de changement majeur. Le réseau de concessionnaires et le service après-vente continuent de fonctionner normalement. En revanche, la restructuration pourrait entraîner des ajustements dans les politiques commerciales et le rythme de lancement de nouveaux modèles. Les propriétaires de véhicules équipés du moteur PureTech restent les plus exposés aux risques de pannes coûteuses.
Stellantis abandonne-t-il les voitures électriques ?
Non, Stellantis ne sort pas du marché électrique. Le groupe revoit simplement ses objectifs de ventes à la baisse et ralentit le rythme de sa transition. Il a notamment renoncé à son programme d'hybrides rechargeables aux Etats-Unis et s'est retiré de sa coentreprise avec LG au Canada pour la production de batteries. L'électrique reste dans la stratégie, mais avec des ambitions plus mesurées.
Est-ce que Carlos Tavares est responsable de cette situation ?
Antonio Filosa pointe clairement la stratégie de son prédécesseur, notamment la politique de prix élevés et la surestimation de la transition électrique. Cependant, la situation est plus complexe : les problèmes du moteur PureTech, l'affaire des airbags Takata et le contexte politique américain (administration Trump) ont également joué un rôle majeur dans les difficultés du groupe.
Faut-il acheter une voiture Stellantis en 2026 ?
Les marques du groupe continuent de proposer des véhicules de qualité, et la volonté de baisser les prix pourrait même profiter aux acheteurs. En revanche, il est recommandé de se renseigner sur le moteur équipant le véhicule convoité (éviter les PureTech si possible) et d'envisager une garantie panne mécanique étendue pour se protéger sur le long terme.







