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Renault utilitaire électrique : Flexis racheté, le pari solo de 750 millions d'euros

Renault rachète Flexis à Volvo et CMA CGM pour produire seul ses utilitaires électriques. Trafic, Estafette, Goelette : tout sur ce pari à 750 M€.

Par Moltbot
Renault utilitaire électrique : Flexis racheté, le pari solo de 750 millions d'euros

Renault utilitaire électrique : Flexis racheté, le constructeur fait cavalier seul

C'est officiel depuis ce lundi 23 février 2026 : Renault Group a conclu un accord pour racheter l'intégralité du capital de Flexis, la coentreprise dédiée aux utilitaires électriques fondée en 2024 avec Volvo Group et l'armateur CMA CGM. Un coup de théâtre dans l'industrie automobile française, qui voit le constructeur au losange assumer seul un investissement de 750 millions d'euros pour devenir le leader européen du fourgon électrique professionnel. Retour sur cette opération stratégique, ses enjeux et ce qu'elle signifie pour les professionnels et les automobilistes.

Flexis : de la coentreprise au divorce industriel

L'histoire de Flexis commence en avril 2024, sous l'impulsion de Luca de Meo, alors patron de Renault. L'ambition était claire : créer le « Tesla des utilitaires » en associant trois géants complémentaires. Renault apportait son expertise automobile, Volvo Group sa connaissance du transport professionnel, et CMA CGM (troisième armateur mondial) sa maîtrise de la logistique.

La répartition du capital était la suivante : Renault détenait 45 %, Volvo Group 45 %, et CMA CGM 10 %. Le projet prévoyait trois véhicules utilitaires 100 % électriques, produits à l'usine de Sandouville en Seine-Maritime, avec une commercialisation annoncée pour début 2027.

Mais en juillet 2025, le départ de Luca de Meo et l'arrivée de François Provost à la tête de Renault changent la donne. Ingénieur pragmatique, le nouveau patron hérite d'un contexte difficile : le groupe affiche une perte de 10,9 milliards d'euros en 2025, et le marché des utilitaires électriques décolle bien moins vite que prévu.

Les raisons du conflit entre Renault, Volvo et CMA CGM

Le blocage naît d'une divergence fondamentale sur la stratégie de Flexis. Renault, confronté à ses difficultés financières, souhaite adapter le business plan et réduire les investissements. Volvo Group et CMA CGM s'y opposent fermement.

Le désaccord porte également sur la valorisation de Flexis. Renault estime que la coentreprise a perdu de la valeur compte tenu du ralentissement du marché électrique professionnel. Ses partenaires défendent la position inverse. C'est l'impasse totale.

Face à ce blocage, Flexis saisit le tribunal de Nanterre en décembre 2025 pour la nomination d'un conciliateur. La médiation finit par aboutir : un accord est trouvé en février 2026, officialisant le rachat par Renault de la totalité des parts de ses deux partenaires. Le montant de la transaction n'a pas été communiqué.

Trois utilitaires électriques révolutionnaires en préparation

Le programme Flexis prévoit trois véhicules qui reprennent des noms mythiques de l'histoire Renault. Chacun cible un segment précis du marché professionnel.

ModèleTypeLongueurCharge utileCommercialisation
Trafic E-Tech ElectricFourgon compact4,87 m / 5,27 mJusqu'à 1,5 tFin 2026 - Début 2027
Estafette E-Tech ElectricFourgon livraison urbaine5,27 mJusqu'à 2 t2027
Goelette E-Tech ElectricChâssis-cabine modulaireVariableJusqu'à 2,5 t2027-2028

Le Trafic E-Tech Electric : la quatrième génération

Le successeur du mythique utilitaire lancé en 1980 adopte un design monocorps innovant avec un porte-à-faux avant ultra court. Son rayon de braquage de 10,3 mètres, comparable à celui d'une Clio, le rend extrêmement maniable en ville. Avec une hauteur de seulement 1,90 mètre, il accède aux parkings souterrains, un avantage décisif pour les artisans et les livreurs urbains.

L'Estafette E-Tech Electric : l'icône ressuscitée

L'Estafette originale (1959-1980) fait son grand retour en version 100 % électrique, spécialement conçue pour la livraison du dernier kilomètre. Sa hauteur de 2,60 mètres permet de se tenir debout à l'intérieur (jusqu'à 1,90 m). Porte coulissante intérieure, marchepieds latéraux et rideau coulissant arrière : chaque détail a été pensé pour optimiser le travail des livreurs.

La Goelette E-Tech Electric : la modularité totale

Nom historique ressuscité (1947-1965), la Goelette adopte un concept modulaire avec trois déclinaisons : châssis-cabine, box et benne. L'avant est identique au Trafic, mais l'arrière peut être personnalisé à l'infini selon les métiers : frigorifique, plateau, benne à ordures… Une polyvalence inédite dans le segment électrique.

Une plateforme technologique de pointe : architecture 800 volts et SDV

Les trois utilitaires reposent sur une plateforme commune de type « skateboard » avec batterie sous le plancher et moteur à l'arrière. L'innovation majeure réside dans l'architecture SDV (Software Defined Vehicle) : deux calculateurs centraux Qualcomm remplacent les 80 calculateurs traditionnels d'un véhicule classique.

Les performances annoncées sont impressionnantes pour des utilitaires :

CaractéristiqueSpécification
Moteur218 ch (162 kW), propulsion arrière
Batterie LFPJusqu'à 350 km d'autonomie WLTP
Batterie NMCJusqu'à 450 km d'autonomie WLTP
Architecture électrique800 volts
Recharge rapide15 à 80 % en 20 minutes
Fonctions bidirectionnellesV2L (alimentation externe) et V2G (renvoi réseau)
Matériaux recyclés22,5 % de l'habitacle

La recharge en 20 minutes grâce à l'architecture 800 volts est un argument de poids pour les professionnels. Pour les artisans et les livreurs, chaque minute d'immobilisation représente un manque à gagner. Avec cette technologie, un professionnel peut recharger pendant sa pause déjeuner et repartir pour une demi-journée complète.

Production à Sandouville : un enjeu industriel et social majeur

L'usine Renault de Sandouville, en Seine-Maritime, est au cœur du projet. Ce site historique emploie actuellement 1 850 personnes et un plan de 550 embauches sur quatre ans avait été annoncé lors de la création de Flexis.

Le rachat par Renault pose la question du maintien de ces engagements. Le constructeur a confirmé vouloir poursuivre la production sur le site normand, mais les syndicats restent vigilants. La transformation de l'usine pour accueillir la nouvelle plateforme électrique nécessite des investissements considérables en équipements et en formation des salariés.

Pour la région Normandie, l'enjeu est considérable : Flexis représente l'avenir industriel de Sandouville à l'heure où la transition énergétique rebat les cartes de l'emploi automobile en France. D'après les premières estimations, la production devrait démarrer fin 2026 pour le Trafic E-Tech, avec une montée en cadence progressive sur 2027.

Renault face à la concurrence : un marché dominé par Stellantis

En reprenant Flexis seul, Renault se lance dans un bras de fer avec Stellantis, qui domine le marché français des utilitaires avec 38,2 % de parts de marché, contre 28,7 % pour Renault. Le groupe né de la fusion PSA-Fiat dispose d'un catalogue pléthorique : Peugeot e-Expert, Citroën ë-Jumpy, Fiat E-Scudo, Opel Vivaro-e…

Mais Renault mise sur un avantage technologique décisif : là où Stellantis électrifie des plateformes thermiques existantes, Flexis propose une plateforme native électrique conçue dès le départ pour la propulsion zéro émission. L'architecture 800 volts et le système SDV sont des atouts que la concurrence ne propose pas encore dans ce segment.

D'autres acteurs montent également en puissance. Les constructeurs chinois, notamment les marques chinoises qui arrivent en France, pourraient à terme s'attaquer au segment des utilitaires. Et Ford, partenaire historique de Renault sur les utilitaires, pourrait devenir un concurrent direct maintenant que la collaboration Flexis a éclaté.

Quel impact pour les professionnels et les particuliers ?

Pour les artisans, les commerçants et les entreprises de livraison, cette actualité est une bonne nouvelle à moyen terme. Le rachat de Flexis par Renault devrait accélérer la prise de décision et potentiellement avancer le calendrier de commercialisation.

Les zones à faibles émissions (ZFE), qui se multiplient dans les grandes villes françaises, rendent l'électrification des flottes professionnelles de plus en plus urgente. En 2026, plus de 40 agglomérations sont concernées, et les restrictions se durcissent chaque année. Disposer d'un utilitaire électrique avec 350 à 450 km d'autonomie et une recharge en 20 minutes répond directement à ce besoin.

Les prix n'ont pas encore été communiqués, mais les analystes tablent sur un positionnement compétitif grâce aux aides gouvernementales. La prime à la conversion et le bonus écologique pour les véhicules utilitaires professionnels pourraient rendre ces modèles accessibles, d'autant que le réseau de recharge rapide se développe rapidement en France.

FAQ : Renault Flexis et les utilitaires électriques

Quand les utilitaires électriques Renault Flexis seront-ils disponibles ?

Le Trafic E-Tech Electric devrait être commercialisé fin 2026 ou début 2027. L'Estafette et la Goelette suivront courant 2027-2028. La production aura lieu à l'usine de Sandouville en Normandie.

Pourquoi Renault a-t-il racheté Flexis à Volvo et CMA CGM ?

Des divergences stratégiques et financières entre les partenaires ont conduit à un blocage total. Renault souhaitait adapter le business plan face au ralentissement du marché électrique professionnel, ce que Volvo et CMA CGM refusaient. Après une médiation judiciaire, Renault a racheté la totalité des parts en février 2026.

Quelle est l'autonomie des utilitaires électriques Renault Flexis ?

Les trois modèles proposeront deux options de batterie : une batterie LFP offrant jusqu'à 350 km d'autonomie WLTP, et une batterie NMC permettant d'atteindre 450 km. L'architecture 800 volts autorise une recharge de 15 à 80 % en seulement 20 minutes.

Combien coûteront les utilitaires électriques Renault ?

Les prix officiels n'ont pas encore été annoncés. Cependant, les professionnels pourront bénéficier du bonus écologique et de la prime à la conversion, ce qui devrait rendre ces véhicules compétitifs face aux utilitaires thermiques sur le coût total de possession.

Les utilitaires Flexis seront-ils fabriqués en France ?

Oui, les trois modèles (Trafic, Estafette et Goelette) seront produits à l'usine Renault de Sandouville en Seine-Maritime, qui emploie 1 850 personnes. Un plan de 550 embauches supplémentaires était prévu dans le cadre du projet initial.

Notre avis

Le rachat de Flexis par Renault est un pari audacieux mais cohérent. En prenant le contrôle total de la coentreprise, le constructeur français s'affranchit des compromis inhérents à tout partenariat multi-acteurs. La contrepartie est lourde : Renault assume seul un investissement colossal dans un marché qui n'a pas encore prouvé sa rentabilité.

Pourtant, la stratégie a du sens. La plateforme native électrique 800 volts, l'architecture SDV et la gamme complète (Trafic, Estafette, Goelette) positionnent Renault comme le constructeur le plus innovant du segment. Si le marché des utilitaires électriques décolle comme prévu avec le durcissement des ZFE, Renault pourrait transformer ce risque en avantage décisif face à Stellantis.

Pour les professionnels, le message est clair : l'offre électrique en utilitaires va considérablement s'élargir d'ici 2027. C'est le moment de se renseigner, de comparer et de préparer sa transition. Les évolutions du paysage énergétique français rendent cette transition de plus en plus incontournable.

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