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Stellantis : 22 milliards de pertes, zéro dividendes et un virage brutal loin de l'électrique

Le groupe automobile annonce une charge exceptionnelle colossale de 22 milliards d'euros. Sans dividendes et avec une stratégie électrique revue à la baisse, Stellantis tente de tourner la page de l'ère Tavares.

Par La Rédaction
Stellantis : 22 milliards de pertes, zéro dividendes et un virage brutal loin de l'électrique

Une annonce choc en ouverture de Bourse

Le 6 février 2026 restera gravé dans l'histoire de Stellantis comme une date noire. Une heure avant l'ouverture de la Bourse de Paris, le groupe automobile a lâché une bombe : une charge exceptionnelle de 22 milliards d'euros, soit près de trois fois les 8,6 milliards anticipés par la presse italienne quelques semaines plus tôt. L'effet domino a été immédiat : perte nette programmée pour l'exercice 2025, aucun dividende pour les actionnaires, et un cours de Bourse en chute libre de plus de 20 % dans la matinée.

Cette annonce brutale marque un tournant historique pour le quatrième constructeur mondial, né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler en 2021. En quelques heures, des milliards d'euros de capitalisation se sont évaporés, laissant les investisseurs sous le choc.

L'électrique, bouc émissaire d'une crise plus profonde ?

Pour Antonio Filosa, le nouveau patron du groupe qui a succédé à Carlos Tavares, le diagnostic est clair : Stellantis a « surestimé le rythme de la transition énergétique ». Cette stratégie aurait éloigné le constructeur « des besoins, des moyens financiers et des désirs réels de nombreux acheteurs ». En d'autres termes, le tout-électrique prôné par l'ancien dirigeant est désigné comme le principal responsable de ce naufrage.

Filosa n'a d'ailleurs pas ménagé son prédécesseur, glissant dans le communiqué officiel que ses équipes « s'attacheront sans relâche à combler les insuffisances d'exécution du passé ». Un tacle à peine voilé envers l'ingénieur portugais qui avait fait de l'électrification accélérée son cheval de bataille.

Pourtant, cette explication mérite d'être nuancée. D'autres constructeurs ont également freiné leurs ambitions électriques – de General Motors à Ford – sans subir une charge exceptionnelle d'une telle ampleur. Les problèmes de Stellantis semblent donc dépasser la seule question de la transition énergétique.

Les vraies raisons du naufrage

Derrière la façade de l'électrique se cachent des dysfonctionnements bien plus profonds. Le fameux « pricing power » – cette politique consistant à augmenter les prix pour maximiser les marges – a fini par se retourner contre le groupe. Les clients, confrontés à des tarifs jugés excessifs, ont déserté les showrooms.

La politique produits américaine, pilier essentiel de la rentabilité du groupe, a dû être recadrée en urgence. Quant à l'Europe, les soucis de fiabilité du moteur PureTech continuent d'entacher la réputation des marques françaises du groupe. Stellantis envisage désormais un retour plus généralisé du moteur italien Firefly pour restaurer la confiance des consommateurs.

Un paradoxe : l'électrique continue de progresser

Le plus ironique dans cette histoire est que Stellantis semble vouloir ralentir sur l'électrique au moment même où ce marché décolle enfin. Les ventes de véhicules électriques ont bondi de 33 % en Europe l'an passé. En se retirant de sa coentreprise avec LG au Canada pour la production de batteries, le groupe prend le risque de devenir encore plus dépendant de fournisseurs asiatiques.

Cette décision stratégique interroge : en coupant les ponts avec un partenaire clé sur les batteries, Stellantis compromet-il sa souveraineté industrielle future ? Le groupe continuera d'acheter ses cellules au coréen LG et à des fournisseurs chinois, ce qui pourrait s'avérer problématique si les tensions géopolitiques s'intensifient.

Une lueur d'espoir ?

Malgré ce tableau sombre, le groupe garde espoir. Stellantis annonce une hausse de 9 % de ses ventes au quatrième trimestre 2025, signe que les premiers ajustements commencent à porter leurs fruits. Le détail des résultats financiers sera dévoilé le 26 février prochain, date à laquelle Antonio Filosa devra convaincre les marchés que son plan de redressement est crédible.

La route s'annonce longue et semée d'embûches pour ce géant automobile qui emploie plus de 250 000 personnes dans le monde. Entre la nécessité de reconquérir les clients européens et américains, les investissements colossaux encore nécessaires dans l'électrification, et la concurrence féroce des constructeurs chinois, Stellantis joue sa survie à moyen terme.

Une chose est certaine : l'ère Tavares est définitivement révolue. Reste à savoir si Filosa parviendra à éviter que le navire ne coule.

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