Le groupe Stellantis, maison mère de Peugeot, Citroën, Fiat, Opel, Jeep et dix autres marques automobiles, a annoncé le 26 février 2026 une perte nette historique de 22,3 milliards d'euros pour l'exercice 2025. Il s'agit de la deuxième perte la plus lourde jamais enregistrée par un groupe français, juste derrière Vivendi en 2002. Pour les millions de propriétaires et futurs acheteurs de véhicules Stellantis en France, cette annonce suscite de nombreuses interrogations. Que signifie concrètement cette perte record ? Quelles conséquences sur les prix, la qualité, le réseau de concessionnaires et la valeur de revente de votre Peugeot 308, Citroën C5 Aircross ou Fiat 500 ? Voici notre analyse complète pour y voir clair.
Stellantis : comprendre la perte record de 22,3 milliards d'euros
Pour bien mesurer l'ampleur du séisme, il faut replacer ce chiffre dans son contexte. En 2024, Stellantis affichait encore un bénéfice net de 5,5 milliards d'euros. En 2023, le groupe avait même atteint des niveaux de rentabilité records. Le basculement en 2025 est donc brutal et sans précédent dans l'histoire de l'automobile française.
La perte de 22,3 milliards d'euros s'explique principalement par 25,4 milliards d'euros de charges exceptionnelles. Ces provisions massives correspondent à un virage stratégique majeur : Stellantis reconnaît avoir surestimé le rythme de la transition vers le véhicule électrique et doit corriger le tir à marche forcée.
Concrètement, ces charges couvrent l'arrêt de certains modèles électriques dont les ventes n'ont pas décollé, l'abandon de projets de gigafactories de batteries (notamment la coentreprise avec Samsung aux États-Unis) et la vente de sa participation dans NextStar Energy au Canada.
Pourquoi Stellantis a misé trop gros sur l'électrique
En 2022, sous la direction de Carlos Tavares, Stellantis avait annoncé un objectif ambitieux : 100 % de véhicules électriques vendus en Europe et 50 % aux États-Unis d'ici 2030. Trois ans plus tard, la réalité du marché est bien différente.
En Europe, les voitures 100 % électriques ne représentent que 20 % des ventes. Aux États-Unis, ce chiffre tombe à 8 %, dans un contexte défavorable accentué par le désengagement de l'administration Trump vis-à-vis des subventions à l'électrique.
| Indicateur | 2024 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 156,6 Md€ | 153,5 Md€ | -2 % |
| Résultat opérationnel courant | +8,6 Md€ | -842 M€ | Négatif |
| Marge opérationnelle | 5,5 % | -0,5 % | -6 pts |
| Résultat net | +5,5 Md€ | -22,3 Md€ | Record négatif |
| Free cash-flow industriel | Positif | -4,5 Md€ | Négatif |
Le nouveau directeur général, Antonio Filosa, a pointé du doigt les décisions de son prédécesseur Carlos Tavares, reconnaissant que le groupe avait "surestimé le rythme de la transition énergétique". Un aveu rare dans l'industrie automobile qui traduit l'ampleur de l'erreur stratégique.
Les conséquences concrètes pour les propriétaires de Peugeot, Citroën, Fiat et Opel
Si vous possédez ou envisagez d'acheter un véhicule d'une marque Stellantis, voici ce que cette situation implique pour vous.
Le réseau de concessionnaires reste stable
Malgré les pertes, Stellantis dispose encore de 46 milliards d'euros de liquidités industrielles. Le groupe n'est pas en faillite et le réseau de concessionnaires français ne devrait pas connaître de fermetures massives à court terme. Les garanties constructeur, le service après-vente et la disponibilité des pièces détachées sont assurés.
Des prix en baisse en Europe
Bonne nouvelle pour les acheteurs : Stellantis a annoncé une politique de prix en baisse en Europe pour 2026. Le groupe cherche à reconquérir des parts de marché et à écouler ses stocks. Si vous projetez d'acheter une Peugeot 3008, une Citroën C4 ou une Opel Corsa, vous pourriez bénéficier de remises plus attractives qu'en 2024-2025.
Le retour des moteurs thermiques et diesel
C'est peut-être la conséquence la plus surprenante. Stellantis a confirmé relancer des modèles thermiques, y compris diesel, en Europe et aux États-Unis. Comme l'a déclaré le groupe : "Il n'y a pas de conflit entre diesel et innovation, il faut fournir ce que les clients demandent." Pour les automobilistes encore attachés au thermique, c'est une excellente nouvelle.
La valeur de revente : faut-il s'inquiéter ?
Les difficultés financières d'un constructeur peuvent affecter la cote de ses modèles sur le marché de l'occasion. Toutefois, Stellantis n'est pas dans une situation comparable à celle de Saab ou de certaines marques disparues. Le groupe reste le quatrième constructeur mondial et ses marques phares comme Peugeot et Citroën conservent une forte implantation en France.
Sur le court terme, la valeur de revente des modèles Stellantis devrait rester stable. En revanche, certains modèles électriques dont la production est arrêtée pourraient voir leur cote baisser plus rapidement, faute de suivi à long terme.
Les 14 marques de Stellantis : qui est le plus touché ?
Stellantis regroupe 14 marques automobiles, mais toutes ne sont pas logées à la même enseigne face à cette crise.
| Marque | Marché principal | Situation 2026 |
|---|---|---|
| Peugeot | Europe | Gamme renouvelée, position solide |
| Citroën | Europe | Repositionnement en cours |
| Fiat | Europe / Amérique du Sud | Électrique en difficulté (Fiat 500e) |
| Opel / Vauxhall | Europe | Gamme simplifiée |
| Jeep | États-Unis | Rebond attendu avec les SUV thermiques |
| Ram | États-Unis | Pick-up thermiques : moteur de croissance |
| Dodge | États-Unis | Retour au thermique après l'échec Charger EV |
| Chrysler | États-Unis | Avenir incertain |
| Alfa Romeo | Europe | Gamme réduite, niche premium |
| Maserati | Mondial | Ventes en forte baisse |
| DS | Europe / Chine | Volume marginal |
| Lancia | Italie | Renaissance avec la nouvelle Ypsilon |
En France, Peugeot reste de loin la marque la plus vendue du groupe et celle dont la gamme est la plus solide. Citroën traverse une phase de repositionnement avec le nouveau C5 Aircross et le C3. Les marques les plus en difficulté sont Maserati, DS et Chrysler, dont l'avenir au sein du groupe fait régulièrement l'objet de spéculations.
Stellantis et Leapmotor : le pari chinois pour réduire les coûts
Pour sortir de l'ornière, Stellantis mise notamment sur son partenariat avec le constructeur chinois Leapmotor. Le groupe envisagerait d'intégrer la technologie de Leapmotor directement dans ses marques européennes afin de réduire drastiquement les coûts de développement de ses véhicules électriques.
La Leapmotor T03, petite citadine électrique vendue en Europe sous la houlette de Stellantis depuis 2024, constitue le premier test de cette stratégie. Si le modèle séduit par son prix agressif (autour de 20 000 euros), il pose aussi la question de la concurrence directe avec les modèles électriques de Citroën et Fiat.
Pour les consommateurs français, cette stratégie pourrait se traduire par des véhicules électriques plus abordables à moyen terme, mais aussi par une potentielle dilution de l'identité des marques européennes du groupe.
Que prévoit Stellantis pour 2026 ?
Malgré la gravité des résultats 2025, Stellantis affiche un optimisme mesuré pour 2026. Le groupe confirme plusieurs orientations majeures :
- Amélioration progressive du chiffre d'affaires grâce au lancement de nouveaux modèles
- Retour à une marge opérationnelle positive dès 2026
- Suspension du dividende pour préserver la trésorerie
- Émission d'obligations hybrides jusqu'à 5 milliards d'euros
- Gamme multi-énergies : électrique, hybride ET thermique, y compris diesel
- Relance des pick-up thermiques aux États-Unis, segment très rentable
Le second semestre 2025 montre déjà des signes encourageants : le chiffre d'affaires a progressé de 10 % et les volumes de ventes ont bondi de 11 %, portés par un rebond spectaculaire de 39 % aux États-Unis. La question est de savoir si cette dynamique se confirmera en 2026.
Foire aux questions
Stellantis peut-il faire faillite ?
Non, dans l'immédiat. Le groupe dispose de 46 milliards d'euros de liquidités et reste le quatrième constructeur mondial. Les pertes de 2025 sont principalement des charges comptables exceptionnelles liées à des dépréciations d'actifs, pas à un effondrement des ventes. Cependant, la situation nécessite un redressement rapide en 2026-2027.
Ma garantie Peugeot, Citroën ou Fiat est-elle menacée ?
Non. Les garanties constructeur restent valides et le réseau après-vente français continue de fonctionner normalement. Stellantis n'est pas en cessation de paiement et dispose de réserves financières considérables.
Les prix des voitures Stellantis vont-ils baisser ?
Oui, Stellantis a confirmé une politique de prix en baisse en Europe pour 2026. Le groupe cherche à regagner des parts de marché et pourrait proposer des remises plus importantes, notamment sur les modèles électriques qui peinent à trouver preneurs.
Faut-il acheter une voiture Stellantis en 2026 ?
C'est potentiellement le bon moment. La combinaison de prix en baisse, de remises commerciales accrues et d'une gamme renouvelée (Peugeot 3008, Citroën C3, nouvelle Dacia Sandero) crée un contexte favorable pour les acheteurs. Côté fiabilité et SAV, rien ne change à court terme.
Stellantis va-t-il abandonner l'électrique ?
Non, mais le groupe réduit fortement ses ambitions. L'objectif de 100 % électrique en Europe d'ici 2030 est abandonné au profit d'une stratégie multi-énergies. Stellantis continuera à proposer des modèles électriques, mais aussi hybrides et thermiques, laissant le choix au client.
Notre avis
La perte record de 22,3 milliards d'euros de Stellantis est un électrochoc pour l'industrie automobile européenne. Elle illustre les risques d'une transition énergétique menée trop vite, sans tenir compte de la réalité du marché et des attentes des consommateurs.
Pour les automobilistes français, cette crise n'est pas une mauvaise nouvelle à court terme. Elle pourrait même se traduire par des opportunités d'achat intéressantes, avec des prix en baisse et des remises plus généreuses. Le retour annoncé des moteurs thermiques et diesel montre aussi que Stellantis écoute enfin ses clients.
En revanche, la question de fond reste entière : un groupe qui accumule les erreurs stratégiques peut-il retrouver la confiance des investisseurs, des concessionnaires et des clients ? La réponse viendra des résultats 2026. D'ici là, les succès de Renault avec la R5 électrique et la nouvelle Clio 6 mettent une pression supplémentaire sur le rival Stellantis.











