Après des années de course au « tout-tactile », l'industrie automobile amorce un virage spectaculaire. La Chine vient d'imposer le retour obligatoire de commandes physiques pour les fonctions essentielles de sécurité, tandis qu'Euro NCAP pénalise déjà les voitures dépourvues de boutons. Tesla, symbole de cette tendance, devra adapter ses modèles dès juillet 2026. Pour les automobilistes, notamment les seniors habitués aux commandes classiques, c'est une excellente nouvelle. Voici pourquoi l'écran tactile en voiture ne sera plus roi, et ce que cela change concrètement pour vous.
L'écran tactile en voiture : comment en est-on arrivé là ?
Il y a dix ans, l'écran tactile était un argument de vente premium réservé aux berlines haut de gamme. Aujourd'hui, même les citadines d'entrée de gamme en sont équipées. C'est Tesla qui a véritablement lancé la tendance au début des années 2010, avec un écran central de 17 pouces sur la Model S qui contrôlait absolument tout : climatisation, vitesse des essuie-glaces, ouverture de la boîte à gants et même le réglage des rétroviseurs.
Les autres constructeurs ont suivi le mouvement. Volkswagen a supprimé les boutons physiques de climatisation sur la Golf 8. Renault a intégré un immense écran vertical sur le Mégane E-Tech. BMW, Mercedes et Hyundai ont multiplié les dalles, allant jusqu'à proposer des écrans couvrant toute la largeur du tableau de bord.
Le raisonnement des constructeurs était logique sur le papier : un écran coûte moins cher qu'une dizaine de boutons physiques à produire. Il permet de mettre à jour les fonctionnalités via des mises à jour logicielles. Et il donne à l'habitacle un aspect moderne et épuré qui plaît aux acheteurs en concession.
Mais cette course au minimalisme a créé un problème majeur que les études scientifiques ont fini par documenter : la distraction au volant.
Le problème de sécurité : des études alarmantes
Une étude menée par l'université de technologie de Chalmers (Suède) a démontré qu'effectuer une action simple sur un écran tactile — comme régler la climatisation — prend en moyenne trois fois plus de temps qu'avec un bouton physique. Pendant ces secondes cruciales, le conducteur quitte la route des yeux.
À 130 km/h sur autoroute, détourner le regard pendant 2 secondes signifie parcourir 72 mètres à l'aveugle. C'est l'équivalent de la longueur d'un terrain de football. Et ce n'est pas un cas théorique : les assureurs européens ont constaté une hausse des accidents liés à la manipulation d'écrans embarqués.
| Action | Temps avec bouton physique | Temps avec écran tactile | Différence |
|---|---|---|---|
| Régler la climatisation | 1,5 seconde | 4,5 secondes | × 3 |
| Activer les essuie-glaces | 0,5 seconde | 3 secondes | × 6 |
| Changer de station radio | 1 seconde | 3,5 secondes | × 3,5 |
| Régler le chauffage des sièges | 1 seconde | 4 secondes | × 4 |
Le problème est encore plus marqué pour les conducteurs seniors. Avec l'âge, le temps de réaction augmente naturellement, et la coordination œil-main sur une surface lisse sans repère tactile devient plus difficile. Les boutons physiques, que l'on peut manipuler sans quitter la route des yeux, offrent un avantage de sécurité considérable.
La Chine frappe fort : boutons physiques obligatoires dès 2026
Le 16 février 2026, les autorités chinoises ont officialisé de nouvelles réglementations qui vont bouleverser l'industrie. Désormais, tous les véhicules vendus en Chine devront obligatoirement disposer de commandes physiques dédiées pour les fonctions suivantes :
- Feux de détresse (warning)
- Clignotants
- Avertisseur sonore (klaxon)
- Essuie-glaces
- Désembuage avant et arrière
- Commandes de climatisation
- Sélecteur de vitesse (P-R-N-D)
Cette décision n'est pas anodine. La Chine est le premier marché automobile mondial avec plus de 26 millions de véhicules vendus chaque année. Aucun constructeur international ne peut se permettre d'ignorer ces exigences. Les modèles produits en Chine devront être conformes avant le 1er juillet 2026.
Le raisonnement des autorités est limpide : une commande physique se manipule à l'aveugle grâce au retour haptique (la sensation du bouton sous le doigt). Un écran tactile, lui, exige un regard. Et dans une situation d'urgence — un freinage brusque, un piéton qui traverse — chaque dixième de seconde compte.
Euro NCAP : l'Europe pénalise déjà le tout-tactile
L'Europe n'a pas attendu la Chine pour réagir. Depuis janvier 2026, le protocole Euro NCAP (le référentiel européen de sécurité automobile) intègre un nouveau critère : la présence de commandes physiques pour les fonctions essentielles.
Concrètement, un véhicule qui contrôle ses clignotants, ses feux de détresse ou ses essuie-glaces uniquement via un écran tactile ne peut plus obtenir la note maximale de 5 étoiles. C'est un signal fort envoyé aux constructeurs, car la notation Euro NCAP influence directement les décisions d'achat des consommateurs et les politiques de flottes d'entreprises.
Volkswagen a été l'un des premiers à réagir. Après les critiques massives contre la Golf 8 et son interface 100 % tactile jugée frustrante, le constructeur allemand a réintroduit des boutons physiques de climatisation et de volume sur la Golf 8.5 restylée. Le patron du design VW a même reconnu publiquement que « le tout-tactile était allé trop loin ».
Hyundai mise désormais sur des molettes et des curseurs intuitifs sur ses modèles électriques Ioniq. Porsche n'a jamais complètement abandonné les boutons physiques sur ses modèles, ce qui lui vaut aujourd'hui les éloges des essayeurs. Et BMW a réintroduit l'iDrive Controller rotatif que beaucoup pensaient condamné.
Tesla dans le viseur : le symbole d'une tendance qui s'inverse
Impossible d'évoquer le retour des boutons physiques sans parler de Tesla. La marque américaine a poussé la logique du tout-tactile plus loin que quiconque. Sur les Model 3 et Model Y récents, le levier de vitesse a été remplacé par un geste sur l'écran. Les commodos de clignotants avaient été supprimés au profit de boutons capacitifs sur le volant — une décision si controversée que Tesla a fini par faire partiellement marche arrière.
Avec les nouvelles réglementations chinoises, Tesla devra adapter les modèles produits dans sa Gigafactory de Shanghai. Cela concerne potentiellement la Model 3, la Model Y et le futur Model Q compact. L'impact sera mondial, car les modèles produits en Chine sont exportés dans toute l'Europe.
Pour les propriétaires actuels de Tesla, pas de panique : les véhicules déjà en circulation ne sont pas concernés par la réglementation. En revanche, les prochaines générations seront vraisemblablement dotées de davantage de commandes physiques.
Ce que cela change concrètement pour les automobilistes
Si vous envisagez l'achat d'une voiture neuve en 2026 ou 2027, voici les conséquences pratiques de ce retour aux boutons physiques :
| Critère | Avant (tout-tactile) | Après (boutons + écran) |
|---|---|---|
| Climatisation | 3-4 clics sur l'écran | Un bouton rotatif direct |
| Essuie-glaces | Menu dans l'écran | Commodo classique |
| Volume audio | Curseur tactile | Molette physique |
| Sécurité (distraction) | Regard quitté 2-4 sec | Manipulation à l'aveugle |
| Utilisation par temps froid | Difficile avec des gants | Possible avec des gants |
Les conducteurs seniors sont les premiers bénéficiaires de ce retour en arrière. Fini la frustration de chercher une fonction dans des sous-menus tactiles. Les commandes essentielles seront à nouveau accessibles d'un geste simple et intuitif, comme cela a toujours été le cas avant la mode du tout-écran.
Les écrans ne vont pas disparaître pour autant. Ils resteront utiles pour la navigation GPS, le système multimédia, les réglages avancés du véhicule et les mises à jour logicielles. Mais ils ne seront plus l'unique interface entre le conducteur et sa voiture. C'est un équilibre entre modernité et praticité qui se dessine.
Les constructeurs qui ont déjà pris le virage
Tous les constructeurs ne sont pas logés à la même enseigne. Certains n'ont jamais cédé à la tentation du tout-tactile, tandis que d'autres rattrapent leur retard :
- Porsche : a toujours conservé des boutons physiques pour la climatisation et les modes de conduite. Considéré comme le meilleur élève du secteur.
- Mazda : son système MZD Connect repose sur un contrôleur rotatif central, délibérément pensé pour éviter les distractions.
- BMW : a réintroduit l'iDrive Controller après avoir tenté de le supprimer. La Neue Klasse électrique conservera des commandes physiques.
- Volkswagen : revient aux boutons sur la Golf restylée et la nouvelle Tiguan après les critiques de la Golf 8.
- Hyundai/Kia : intègrent des molettes et boutons dédiés sur la gamme Ioniq et EV.
- Dacia : avec sa philosophie « essentiel et accessible », la marque n'a jamais supprimé les commandes physiques de base. Un choix payant qui séduit les acheteurs pragmatiques. (Voir notre essai de la nouvelle Sandero 2026)
FAQ : écran tactile et boutons physiques en voiture
Les écrans tactiles vont-ils disparaître des voitures ?
Non, les écrans tactiles ne vont pas disparaître. La tendance est à un équilibre : l'écran reste pour la navigation, le multimédia et les réglages avancés, mais les fonctions essentielles de sécurité (climatisation, essuie-glaces, clignotants) reviennent sous forme de boutons physiques.
Pourquoi la Chine impose-t-elle le retour des boutons physiques ?
Les autorités chinoises considèrent que le tout-tactile augmente la distraction au volant et donc le risque d'accidents. Les commandes physiques permettent une manipulation à l'aveugle, sans quitter la route des yeux, ce qui améliore significativement la sécurité routière.
Ma voiture actuelle tout-tactile est-elle concernée par la réglementation ?
Non, les véhicules déjà en circulation ne sont pas concernés. Les nouvelles réglementations s'appliquent uniquement aux modèles neufs commercialisés à partir de juillet 2026 en Chine. En Europe, Euro NCAP n'impose pas de rappel mais pénalise les nouveaux modèles dans sa notation.
Euro NCAP pénalise-t-il vraiment les voitures sans boutons ?
Oui, depuis janvier 2026, Euro NCAP intègre la présence de commandes physiques pour les fonctions critiques dans ses critères de notation. Un véhicule entièrement tactile ne peut plus obtenir la note maximale de 5 étoiles, ce qui impacte directement son attractivité commerciale.
Quels constructeurs proposent encore des boutons physiques en 2026 ?
Porsche, Mazda, BMW (avec l'iDrive), Dacia et Toyota n'ont jamais totalement abandonné les commandes physiques. Volkswagen et Hyundai les réintroduisent sur leurs derniers modèles. Tesla reste le constructeur le plus engagé dans le tout-tactile, mais devra s'adapter aux nouvelles réglementations chinoises.
Notre avis
Le retour des boutons physiques dans les voitures n'est pas un recul technologique. C'est une correction de bon sens. Pendant des années, les constructeurs ont confondu modernité et complexité, supprimant des commandes simples et éprouvées au profit d'interfaces certes esthétiques, mais dangereusement distrayantes.
Pour les automobilistes seniors, cette évolution est particulièrement bienvenue. Pouvoir régler sa climatisation, activer ses essuie-glaces ou ajuster le volume sans quitter la route des yeux, c'est un gain de sécurité et de confort au quotidien. Les écrans resteront présents — et c'est normal — mais ils retrouveront leur juste place : celle d'un complément, pas d'un remplaçant universel.
Si vous prévoyez d'acheter une voiture neuve dans les prochains mois, consultez nos retours d'expérience sur les véhicules récents et privilégiez les modèles qui ont déjà fait le choix de l'équilibre entre écran et boutons. Votre sécurité — et votre sérénité — en dépendent.







